La critique du Père Guilhem Causse


Critique de La Mante Religieuse dans Paris Notre Dame

ATTENTION – SPOILER.

Réalisée par Natalie Saracco, la comédie dramatique La mante religieuse sortira sur les grands écrans le 4 juin prochain. Ce film d’une heure trente met en scène l’histoire de Jézabel, Marie­-Madeleine des temps modernes, dont la vie va être bouleversée par la rencontre d’un jeune prêtre. Décryptage par le Père Guilhem Causse, jésuite. 

Ce film, La Mante religieu­se, pourrait diviser les spectateurs entre ceux qui aiment et ceux qui détes­tent. Les premiers seraient ceux qui, pris de sympathie pour Jéza­bel, voudront suivre son douloureux chemin de rédemption. Les se­conds seraient plus proches de David, le jeune prêtre sur lequel elle jette ses filets et qu’elle veut entraîner dans son tourbillon des­tructeur.

D’emblée pourtant, ce film nous invite à mettre à distance ces premiers affects pour entendre l’authenticité du désir de vivre que Jézabel exprime si mal. Son autoportrait apparaît, visage plein cadre, vibrant d’émotions contra­dictoires. Lorsqu’elle crée, elle dit vrai, elle est cet être aux traits troublés, terrorisé, « poupée cas­sée » en quête d’identité et en fuite des autres. Mais dès qu’elle quitte son atelier, elle sombre : les plans se multiplient où elle marche dans un tunnel, sur un trottoir, ces cou­loirs qui interdisent de tourner à droite ou à gauche, obligeant à avancer vers le lieu où elle ne veut pas aller. La scène inaugurale est en cela remarquable : elle entre dans la galerie où se déroule le ver­nissage de son exposition comme un condamné dans l’arène. Der­rière son masque de femme fatale, sous la pierre de son cœur, rougeoie  encore le désir d’être sauvée.

Entre la mort et la vie

C’est aux obsèques de son père que Jézabel fait la connaissance de David, qui préside la célébration. Dès le premier regard, elle forme le dessein de le séduire. Curé d’une paroisse parisienne, il partage son temps entre liturgies, chorale, ker­messe, tournées auprès des prostituées et des SDF. Il va entraîner Jézabel dans son sillage, occasion de scènes à la fois désopilantes et violentes. Nous sommes sur un fil, et Jézabel oscille entre la mort et la vie, entre sa volonté de séduction et le sentiment, encore obscur, que son salut passera par cet homme.

Des moments de grâce

Ce film met en présence des per­sonnagespassionnés,nousfaisant traverser des contrées éprouvan­tes.Maisilsaitaussinousménager des moments de grâce : ces souri­res de SDF, d’enfants, jusqu’à ceux finaux de David et de Jézabel ; le chant des moniale saccompagnant un long plan du visage de Jézabel se transformant. Les scènes du couvent sont ainsi comme des pa­renthèses suspendues où le fond des cœurs apparaît.

Les limites du projet

Se maintenir ainsi au carrefour du choix entre vie et mort est une entreprise risquée, et les limites d’un tel projet sont inévitables. Ain­si, les personnages secondaires pâlissent devant celui de Jézabel, y compris David, non tant par sa jeunesse ou sa plastique que par l’absence de communauté et de soutien spirituel. Mais ces limites ne sont­elles pas ce qui nous per­met à nous, spectateurs, de pren­dre du recul et de voir, en filigrane de celui de Jézabel, un autre che­min, qui passe par la croix ?

Promesse pour lespécheurs

Le corps nu de Jézabel dans une mandorle lumineuse symbolise le projet de ce film : il expose une naissance, une traversée du mal et de la mort. Il sonne comme une supplique et une promesse, adressées d’abord peut-­être à ceux qui sont dans les ténèbres. Comment ne pas alors penser aux paroles de Jésus à propos de la pécheresse qui lui a lavé les pieds de larmes et de parfum : « Ses nombreux péchés lui sont remis parce qu’elle a montré beaucoup d’amour » (Lc 7, 47) ?

Critique parue dans le journal Paris Note Dame