Père Olivier Le Page : « un film de notre époque, avec tous ses excès »


Critique Ilestvivant! - La Mante ReligieuseLe Père Olivier Le Page organise chaque année la semaine chrétienne du cinéma, dans le diocèse de Saint-Lô.  La Mante Religieuse était projetée lors de l’édition 2014. Critique parue dans le dernier numéro d’Il est vivant! (avec aussi une longue interview de Natalie Saracco). 

Jézabel est une écorchée vive. À l’image d’une jeunesse désabusée, sans foi ni loi, elle brûle sa vie pour se sentir vivante mais n’en récolte qu’un goût de cendre. Cette spirale du vide l’en­traîne même, après un pari, à vou­loir prendre dans ses griffes un prêtre qu’elle a rencontré le jour de l’inhumation de son père. Loin d’être naïf ce prêtre tente cependant de la sauver.

Ce film est donc l’histoire croisée d’une jeune artiste rebelle et prête à tout, et d’un prêtre zélé voulant aider cette Marie Madeleine des temps modernes. Un film de notre époque avec tous ses excès. Cer­taines scènes, réservées à un public adulte, pourront choquer. Mais elles apparaissent sans complaisance pour souligner le combat finalement spirituel qui est en jeu. Au bout du compte c’est bien le mystère de la croix qui s’esquisse de manière para­doxale comme seule source de salut. La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée (Jn 1, 5).

Si parfois au cinéma, l’Église en général et les prêtres en particulier sont présentés comme peu convain­cants, ici, rien à redire quant aux dialogues qui sonnent juste et rendent crédibles des personnages bien en prise avec le réel.

La Mante Religieuse n’est pas sans questionner le célibat sacerdotal et l’engagement de fidélité que pro­mettent les prêtres à Dieu et à son Église. Il le questionne sans le remettre fondamentalement en cause mais en soulignant la valeur du don qu’il représente pour l’Église et pour le monde, et qui est avant tout un charisme à recevoir conti­nuellement du Seigneur.

« Une société dans laquelle Dieu serait totalement absent, s’autodé­truirait. » C’est le cardinal Ratzinger qui l’affirmait en 2004. Et les prêtres, malgré leurs pauvretés et dans la mesure où ils demeurent témoins du Christ, pourraient bien rester des signes, parfois incompris mais tou­jours prophétiques, de cette pré­sence de Dieu en un temps qui en a tant besoin.